Dans quelques jours, l’année scolaire laissera place aux grandes vacances. Pour beaucoup d’enfants, ce passage est attendu avec impatience. Pourtant, cette transition ne se déroule pas toujours comme les parents l’imaginent.

Faut-il conserver des habitudes ? Prévoir des activités ? Proposer un cahier de vacances ? Ou, au contraire, laisser son enfant souffler complètement ?

Ces questions sont légitimes, mais elles peuvent aussi ajouter une pression inutile, aussi bien pour les enfants que pour leurs parents. Car avant d’être une longue période de loisirs, les vacances représentent une véritable transition. Après plusieurs mois d’efforts, d’apprentissages, d’adaptation aux règles de la classe, de gestion des émotions, de bruit, de sollicitations permanentes et parfois de stress, de nombreux enfants ont surtout besoin d’une chose : retrouver progressivement leur équilibre.

Le cerveau de l’enfant ne fonctionne pas comme une machine que l’on pourrait solliciter sans interruption. Les neurosciences montrent qu’il a besoin d’alterner des temps d’apprentissage et des temps de récupération. Le repos, le jeu libre, le sommeil et un environnement émotionnel sécurisant participent pleinement à son développement, à sa capacité d’apprendre et à son bien-être.

Préparer les vacances ne consiste donc pas à remplir chaque journée d’activités, ni à tout laisser tomber du jour au lendemain. Il s’agit plutôt d’accompagner en douceur le passage entre une année scolaire exigeante et un temps de récupération, en offrant à l’enfant un cadre suffisamment sécurisant pour souffler, retrouver ses repères et se reconnecter à ses ressources.

Pourquoi cette période est-elle si particulière pour les enfants ?

Chaque année, à l’approche des vacances, j’entends des parents me dire : « Je ne comprends pas. Il attendait les vacances avec impatience et pourtant il est encore plus difficile depuis qu’elles ont commencé. »

En réalité, cette réaction est beaucoup plus fréquente qu’on ne l’imagine.

Lorsque les vacances approchent, beaucoup de parents s’attendent à voir leur enfant plus heureux, plus détendu ou plus enthousiaste. Pourtant, il se produit parfois exactement l’inverse. Votre enfant devient plus irritable. Il supporte moins la frustration. Il s’énerve plus facilement avec son frère ou sa sœur. Il semble plus fatigué, plus émotif ou moins coopératif.

Ces réactions peuvent être déroutantes. En réalité, elles sont souvent le signe que son organisme arrive au terme de plusieurs mois d’adaptation. Depuis la rentrée, votre enfant a dû apprendre, mémoriser, rester attentif, respecter les règles de la classe, gérer les interactions sociales, s’adapter aux attentes des adultes et faire face à de nombreuses sollicitations. Même lorsque tout semble bien se passer, cela représente une dépense d’énergie considérable.

Chez certains enfants, notamment les enfants hypersensibles, anxieux ou présentant des troubles des apprentissages, cette mobilisation est encore plus importante. Ils consacrent parfois une grande partie de leur énergie à s’adapter à un environnement qui leur demande beaucoup d’efforts.

À l’approche des vacances, cette réserve d’énergie peut tout simplement être presque vide. Ce que les parents interprètent parfois comme un manque de motivation ou de la mauvaise volonté est souvent l’expression d’une fatigue physique, émotionnelle et cognitive.

C’est pourquoi cette période mérite d’être abordée avec douceur plutôt qu’avec de nouvelles exigences.

Ce que nous apprennent les neurosciences

Contrairement à ce que l’on imagine parfois, le cerveau de l’enfant ne se développe pas uniquement lorsqu’il apprend. Il a également besoin de périodes de récupération.

Les recherches montrent que le sommeil joue un rôle essentiel dans la consolidation des apprentissages, la mémoire, les fonctions exécutives (comme l’attention ou l’inhibition) et la régulation émotionnelle. Autrement dit, un enfant qui dort suffisamment n’est pas seulement plus reposé : il est aussi davantage disponible pour apprendre, réfléchir, gérer ses émotions et s’adapter à son environnement.

Les routines familiales constituent également un facteur de sécurité important. Une revue scientifique publiée en 2023 souligne que des repères stables — comme les horaires de repas, le rituel du coucher ou quelques habitudes familiales — favorisent le développement cognitif, émotionnel et social des enfants.

Préparer les vacances ne signifie donc pas supprimer tous les repères du jour au lendemain. L’objectif est plutôt de remplacer progressivement le rythme scolaire par un rythme plus souple, tout en conservant quelques points d’ancrage rassurants. Cette transition permet au système nerveux de passer progressivement d’une période de forte mobilisation à une période d’apaisement, sans créer de rupture brutale.

En pratique, ces connaissances nous rappellent une idée essentielle : accompagner son enfant pendant les vacances ne consiste pas à en faire toujours plus, mais à lui offrir les conditions dont son cerveau a besoin pour récupérer et retrouver progressivement son équilibre.

L’essentiel à retenir

✔️ Les vacances ne sont pas une interruption des apprentissages : elles participent aussi au développement du cerveau.
✔️ Le sommeil, les temps calmes et quelques repères familiaux aident l’enfant à récupérer après plusieurs mois d’efforts.
✔️ Un enfant qui retrouve progressivement son équilibre sera plus disponible pour apprendre à la rentrée.

Comment accompagner votre enfant dans ce changement de rythme ?

Il n’existe pas de vacances parfaites. Il n’est pas nécessaire d’occuper chaque journée, de prévoir une multitude d’activités ou de chercher à rattraper tout ce qui n’a pas été fait pendant l’année. Ce dont votre enfant a le plus besoin, c’est d’une transition progressive entre le rythme soutenu de l’école et un temps où il pourra retrouver davantage de disponibilité intérieure.

Voici quelques repères qui peuvent l’aider à vivre cette transition plus sereinement.

1. Ne transformez pas les vacances en nouveau projet de performance

À l’approche de l’été, les messages sont nombreux : « Il faut réviser. », « Il faut faire un cahier de vacances. », « Il faut profiter de chaque journée. », « Il faut multiplier les activités. » Petit à petit, les vacances risquent de devenir aussi exigeantes que l’année scolaire.

Chez Maison Papillons, j’aime rappeler une idée simple : un enfant n’a pas besoin de réussir ses vacances. Il a besoin de les vivre.

Avant de remplir son emploi du temps, demandez-vous plutôt : De quoi a-t-il réellement besoin en ce moment ? De repos ? De mouvement ? De temps en famille ? De jouer librement ? De retrouver un rythme plus calme ? Cette question est souvent bien plus utile que celle consistant à savoir combien de pages de cahier de vacances il fera chaque semaine.

Par exemple, il peut être tentant de prévoir dès le début des vacances un cahier à terminer, des activités tous les jours, des sorties, des stages ou encore des objectifs de lecture. Pris séparément, chacun de ces projets peut être intéressant. Mais lorsqu’ils s’accumulent, l’enfant peut avoir le sentiment de devoir réussir ses vacances comme s’il devait réussir son année scolaire.

2. Acceptez que les premiers jours soient parfois… déroutants

Les vacances ne commencent pas toujours dans la joie. Certains enfants deviennent plus irritables ou plus sensibles juste après la fin de l’école. Ils peuvent sembler fatigués, s’opposer davantage ou avoir besoin de beaucoup dormir.

Cela ne signifie pas que quelque chose ne va pas. Au contraire. Lorsqu’un enfant n’a plus besoin de « tenir » toute la journée à l’école, il relâche souvent la pression accumulée depuis plusieurs semaines. C’est un peu comme un adulte qui tombe malade dès le début de ses congés : lorsque la tension diminue, le corps exprime enfin ce qu’il retenait jusque-là.

Accueillir cette période sans inquiétude permet souvent à l’enfant de retrouver progressivement son équilibre.

Par exemple… Le vendredi soir, votre enfant quitte l’école avec le sourire. Vous pensez que les vacances commencent enfin. Le lendemain, il se montre irritable, refuse de s’habiller, pleure pour un détail ou passe une grande partie de la journée sur le canapé. Vous vous demandez ce qui a changé en vingt-quatre heures. Souvent, ce n’est pas le début des vacances qui pose problème. C’est le relâchement de toute la tension accumulée pendant les semaines précédentes.

3. Gardez quelques repères… sans reproduire l’école

Les vacances n’ont pas vocation à suivre un emploi du temps scolaire. En revanche, conserver quelques habitudes rassurantes aide les enfants à se sentir en sécurité.

Quelques repères suffisent : des horaires de repas relativement réguliers, un rituel du coucher apaisant, des moments prévus en famille, des temps calmes dans la journée. Ces points d’ancrage offrent à l’enfant un cadre sécurisant tout en lui laissant davantage de liberté qu’au cours de l’année scolaire.

Il ne s’agit pas de contrôler les vacances. Il s’agit d’offrir un environnement suffisamment stable pour que chacun puisse souffler.

Prenons un exemple. Pendant les vacances, il n’est pas nécessaire de coucher son enfant à la même heure qu’en période scolaire. En revanche, conserver un petit rituel comme prendre le temps de lire une histoire, discuter quelques minutes de la journée ou partager un moment calme avant de dormir, peut l’aider à se sentir en sécurité malgré le changement de rythme.

4. Laissez une place à l’imprévu

Nous avons parfois envie d’offrir à nos enfants des vacances inoubliables. Pourtant, les meilleurs souvenirs naissent souvent des moments les plus simples. Construire une cabane. Observer des insectes. Lire une histoire ensemble. Préparer un gâteau. Inventer un jeu. Regarder les nuages.

Ces instants sans objectif de performance nourrissent la relation, la créativité et le sentiment de sécurité. Ils rappellent aussi à l’enfant qu’il n’a pas besoin d’être performant pour partager de bons moments avec les personnes qui l’entourent.

5. Les vacances sont aussi l’occasion de se reconnecter à son enfant

Parfois, il suffit de très peu. Prendre une glace ensemble sans regarder l’heure. Faire une promenade à vélo. Observer un coucher de soleil. Jouer à un jeu de société. Écouter son enfant raconter sa journée sans avoir besoin de le corriger ou de lui rappeler ce qu’il doit faire. Ces moments simples renforcent souvent davantage la relation que les grandes activités longuement préparées.

Pendant l’année scolaire, le quotidien est souvent rythmé par les horaires, les devoirs, les activités et les contraintes d’organisation. Les échanges avec les enfants tournent parfois autour de questions très pratiques : « Tu as fait tes devoirs ? », « Dépêche-toi, on va être en retard. », « Prépare ton cartable. », « Tu as appris ta leçon ? »

Les vacances offrent une occasion précieuse de retrouver une relation moins centrée sur les performances et davantage sur le plaisir d’être ensemble : écouter son enfant, jouer avec lui, partager une balade, cuisiner ensemble ou simplement prendre le temps d’observer ce qui le fait rire, l’émerveille ou l’apaise.

Ces moments renforcent le sentiment de sécurité affective, indispensable au développement de l’enfant. Le Center on the Developing Child de l’Université Harvard rappelle que des relations stables, chaleureuses et sécurisantes constituent l’un des principaux facteurs de protection face au stress et favorisent un développement harmonieux.

Faut-il faire un cahier de vacances ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Tout dépend de l’enfant, de son âge, de ses besoins et de ce qu’il a vécu pendant l’année scolaire.

Pour certains enfants, quelques activités ludiques permettront de conserver certaines habitudes d’apprentissage. Pour d’autres, notamment lorsqu’ils sont très fatigués ou en difficulté, commencer les vacances par plusieurs jours de véritable décompression sera souvent beaucoup plus bénéfique.

L’essentiel est que ces moments ne deviennent pas une nouvelle source de tension. Les vacances ne devraient jamais donner à un enfant le sentiment qu’il doit continuer à prouver sa valeur. Les apprentissages retrouveront naturellement leur place au bon moment.

Si votre enfant demande lui-même à faire un cahier de vacances et qu’il y prend plaisir, il n’y a aucune raison de l’en priver. Quelques exercices réalisés dans un climat détendu peuvent tout à fait avoir leur place pendant l’été.

En revanche, si chaque séance devient une source de conflits, de pleurs ou de découragement, il sera souvent plus bénéfique de lui laisser d’abord le temps de récupérer avant de reprendre, plus tard dans les vacances, quelques activités d’apprentissage de manière progressive.

Et si l’on changeait de regard ?

Préparer les vacances sans pression, ce n’est ni tout organiser, ni tout laisser faire. C’est accompagner une transition importante dans la vie de votre enfant. C’est accepter que chacun ait besoin d’un temps pour ralentir. C’est préserver quelques repères tout en laissant davantage de liberté. C’est offrir un environnement suffisamment sécurisant pour que le corps, le cœur et la tête puissent progressivement retrouver leur équilibre. Autrement dit, c’est faire confiance au rythme de votre enfant. Parce qu’avant d’être un élève, un enfant est avant tout une personne qui ressent, qui s’adapte, qui se fatigue et qui grandit.

C’est aussi pour cela que les vacances jouent un rôle essentiel : elles offrent à l’enfant une transition précieuse entre plusieurs mois d’efforts et une période où il peut enfin ralentir, récupérer et retrouver progressivement son équilibre.

En acceptant ce changement de rythme, sans chercher à tout contrôler ni à tout optimiser, vous lui offrez les meilleures conditions pour profiter pleinement de ses vacances… et revenir plus disponible pour la rentrée des classes. Parfois, la meilleure façon de préparer la rentrée est simplement de laisser à son enfant le temps de souffler.

Les vacances : une occasion de mieux comprendre son enfant

Les vacances permettent souvent aux enfants de souffler, de récupérer et de retrouver davantage de disponibilité intérieure. Mais elles peuvent aussi révéler plus clairement ce qui les a mobilisés ou fragilisés tout au long de l’année.

Pour certains enfants, cette période plus calme met en lumière une fatigue qui ne passe pas, des émotions envahissantes, une anxiété importante, un manque de confiance ou des apprentissages qui restent compliqués malgré les efforts.

Les vacances offrent alors un temps précieux pour prendre du recul, comprendre ce que vit réellement son enfant et, si nécessaire, mettre en place un accompagnement adapté, sans la pression du quotidien scolaire.

Chez Maison Papillons, j’accompagne chaque enfant dans sa globalité — le corps, le cœur et la tête — parce que lorsque l’émotionnel s’apaise, apprendre redevient possible.

Si vous vous posez des questions sur le bien-être, les émotions ou les difficultés d’apprentissage de votre enfant, je serai heureuse d’échanger avec vous afin de réfléchir ensemble à ce qui pourrait l’aider.

 

Marie Muniesa
Fondatrice de Maison Papillons
Depuis plus de 20 ans, j’accompagne les enfants dans leurs apprentissages, leurs émotions et leur confiance en eux.

 

Pour aller plus loin

Cet article s’appuie notamment sur des travaux de recherche en neurosciences, en psychologie du développement et en sciences cognitives, parmi lesquels :

  • Center on the Developing Child, Harvard University – travaux sur le développement de l’enfant, le stress et les relations sécurisantes.
  • Fiese, B. H. et al. (2023). Revue scientifique sur les routines familiales et leur impact sur le développement cognitif, émotionnel et social des enfants.
  • Recherches récentes sur le sommeil de l’enfant et son rôle dans la mémoire, les fonctions exécutives et la régulation émotionnelle (revues publiées dans Sleep Medicine Reviews et Frontiers in Psychology).

Les informations présentées dans cet article ont été sélectionnées et vulgarisées afin d’être accessibles aux familles tout en restant fidèles aux connaissances scientifiques actuelles.